Daniel BIRNBAUM


 

 
 
 
 
 

Un matin à New York

 

Un matin à New York :

Cette nuit la Terre a disparu

Comment l’as-tu appris ?

 

Décollage

 

Devant le kiosque un journal bat des ailes sous le vent de mai mais, pourtant plein de caractères, il est collé sur le bitume, trop lourd de mauvaises nouvelles qui, bonne nouvelle, ne seront pas livrées. Il va bientôt mourir sous les pieds des passants pressés. Comme lui un magazine, aux ailes de papier trop glacé, ne peut s’envoler malgré un équipage de mannequins ultralégers. Ce jour de vent de mai seule l’affiche du kiosque réussira son décollage.

 

Hypnotique

 

Je la regarde bien en face et au bout de quelques minutes elle m’hypnotise. C’est chaque fois le même processus. Et là je me mets à lui parler. Je lui raconte des choses que je n’oserais même pas dire à ma femme si j’étais marié, à mon meilleur ami si j’en avais un, ou même au vent si j’aimais la campagne. Elle, c’est spécial. Elle me fait du bien. C’est comme un lavage de cerveau. Normal dans le fond ! Mais je me demande si je suis le seul à parler comme ça à une machine à laver.

 

Dernières courses

 

Je marche sur le trottoir. Deux vieilles dames avancent lentement devant moi en discutant. J’écoute ce qu’elles disent. L’une revient de faire ses courses. Elle a acheté du fromage de tête. Elle a hâte d’être à ce soir pour en profiter, seule apparemment, avec des carottes râpées et des tomates cerise. L’autre se dit qu’elle a bien de la chance avec son fromage de tête et qu’elle aurait dû y penser. Mais au lieu de dire cela elle s’étonne qu’il y ait eu des tomates cerise dans ce magasin. Il fallait arriver tôt dit la première. Il est midi elle a dû y passer toute sa matinée. Beaucoup de gens aiment les tomates cerise probablement et il faut arriver tôt, dit-elle. On ne voit que celles-ci ou alors des énormes. Les tomates moyennes ont peut-être disparues qui sait. Un drôle de nom quand même ce fromage de tête. Est-ce qu’il sent fort ou se met à couler au bout d’un moment ? Comme si on n’avait pas assez de sortes de fromage. Il fait plus de trente degrés sur ce trottoir. La vieille dame a peut-être inconsciemment acheté ce plat parce qu’il est en gelée (si je me souviens bien). Je n’en mange pas tous les jours. Je ne me rappelle pas en avoir mangé depuis longtemps. Peut-être à la cantine de l’école. On ne doit plus en servir maintenant. A cause de la gelée. Ou à cause des vieilles dames. Ou plus certainement, à cause du nom. Les tomates cerise ça a quand même une autre classe. Quant à la vieille dame au fromage de tête, elle aurait sans doute préféré un tête à tête, avec ou sans fromage.

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