Clément G.

 

SECOND

Un processus

Genre

Un brouillon

Trois micro-nouvelles en cent mots

 Ouverture prochaine de son blog Carnets de Flottaison
 
 
 

 

Un Processus

 

Cette micro-nouvelle relate le processus de sa propre écriture dans le strict respect de la contrainte suivante : cent mots exactement, pas un de plus ni de moins, la composent. Selon le principe de ligne narrative, sa rédaction ne retient que l’un des développements possibles. Au fil des signes et des blancs intermédiaires, des choix successifs définissent sa progression. Aucun enjeu autre qu’aboutir n’achemine celle-ci vers le moment de la chute, que l’attention blasée pourra juger faible, et suffisante la disponible, et que voici dans cette phrase, juste avant le point final et le retour à l’indéterminé de la page.

 

 

Genre

 

Se dirigeant vers l’entrée où j’attendais, timide, sans oser la franchir, elle s’approcha et me montra soudain le sien. Je le reçus comme une décharge extrême de douceur. Il s’en dégageait une beauté si rayonnante qu’il me bouleversa d’emblée. Nous nous parlâmes un peu – mes paroles hypnotiques subissaient le dialogue – sans qu’à aucun instant je parvienne en dépit de mes efforts à m’en détacher. Elle m’observait, intriguée, mais ma fascination ne troubla pas davantage notre échange. Puis elle dut me laisser pour aller accueillir d’autres invités. Ébloui que j’étais, j’avais bien du mal à voir clair.

Des années plus tard, en écrivant ce souvenir par un matin d’hiver, dans un café de la ville froide, je me demande encore pourquoi la langue n’accorde jamais l’autre genre à une manifestation pouvant s’avérer, comme ce soir-là chez quelqu’un dont la présence physique n’avait pourtant rien d’exceptionnel, aussi fémininement lumineuse : le sourire.

 

 

Un brouillon

 

Brouillon presque illisible griffonné hier à la sauvage avant de s’endormir. Sa relecture freinée piétine et cale. La hâte a bousculé, malmené les mots. Élucidation à cloche-regards, comme sur un gué bancal. Cerner d’hypothèses soutenables les énigmes. Une arborescence qui enrichirait le texte ? Oh non, ne pas tirer avantage de la gaucherie ! Tout à la fin, un récalcitrant s’obstine. Même à la loupe, sous la lampe, rien. Leçon de modestie... Ah mais oui, rien à voir avec le reste !

Quoique... Ce terme de rhétorique, pourquoi donc l’avoir placé là comme en pattes de mouche aide-mémoire ?

 

 

Trois micro-nouvelles de cent mots  (pour Brevitas, recueil en cours)

 

 

 

 

 

Replats

 

Sans plus de crispation rétentive ni de nostalgie idéalisatrice, il laissait à présent les jours s’écouler – devenant, au fur et à mesure que sa fin approchait, plus assidu et ouvert aux replats où le temps, avant la reprise de son flux inéluctable, semblait se convoquer, se rassembler, revenir sur lui-même, se concerter peut-être, s’immobiliser presque dans un suspens émouvant où le cœur oubliait son souffle avec la sensation presque palpable d’un début d’éternité. Après quoi il fallait poursuivre. Mais lui n’avait guère à le faire, parvenu qu’il était en profondeur au dernier chapitre, le plus prometteur, de sa vie.

 

 

Le Silence

 

Au café,  nos échanges allaient bon train entre fronts pensifs, sourires, rires allumés. Mais nous ne fûmes bientôt que trois à bavarder, Laurent devenant discret jusqu’à se taire. C’était la première fois. Il répondit à notre étonnement par un simple geste d’encouragement à poursuivre. Ce que nous fîmes sous son regard amical. Quand vint l’addition, « Cétait bien », déclara-t-il. Nouvel étonnement. « Le silence », précisa-t-il. « Ce silence entre vos mots, qui prolonge les précédents et prépare ceux à venir. » Nous le savions d’écoute très subtile... Il nous apprendrait toujours à découvrir du merveilleux dans le banal.

 

 

Confession d’un meneur de brèves

 

Je n’écris pas de romans mais des nouvelles. Des brèves seulement, m’abstenant des linéaires qui s’étendant confinent au roman, comme des méandreuses dont la chute fatiguée avant l’heure effiloche parfois des indices au fil d’un lent écoulement. Congédiant le prolixe, courtisant la dure concision. C’est que je rêve au fond d’un récit où tout irait ensemble, magiquement, d’un mot, dirait-on presque : concentré splendide, d’emblée et l’attaque et le cours et la fin, l’accomplissement de l’écriture. Cela est impossible... Alors j’aligne bien quelques phrases, mais hâtant de mon mieux le point définitif, là où comme ici, d’un coup, elles cessent.

 

 

Informations supplémentaires